9e Rencontre Musicologique Internationale de l’Université Antonine « Musicologie francophone de l’Orient »

Baabda et Beyrouth (Liban) – 6-8 novembre 2016

Le Centre de Recherche sur les Traditions Musicales (CRTM, Faculté de Musique et Musicologie de l’Université Antonine (UA) http://www.upa.edu.lb/), conjointement avec l’Institut de Recherche en Musicologie (IReMus UMR 8223,  France http://www.iremus.cnrs.fr/) et en collaboration avec le Salon du Livre Francophone de Beyrouth 2016 (http://www.institutfrancais-liban.com/) et les Éditions Geuthner (http://www.geuthner.com/), organise du 6 au 8 novembre 2016, la 9e Rencontre Musicologique Internationale de l’Université Antonine (9RMIUA), intitulée « Musicologie francophone de l’Orient ».

1.  Cadre organisationnel général

Cet événement s’inscrit en prologue du projet GDRI Épistémuse, « Passé, présent et devenir des musicologies francophones : étude épistémologique, historique, historiographique et institutionnelle », porté par l’IReMus, en collaboration avec plusieurs institutions de recherche francophones, dont l’Université Antonine. Il met l’accent sur la part consacrée par cette musicologie francophone à l’Orient. Tandis que les travaux strictement scientifiques se tiendront à l’UA à Hadat/Baabda (Banlieue Est de Beyrouth), deux tables rondes, épousant partiellement la forme du concert-lecture, seront ouvertes à un plus large public et se tiendront au Salon du Livre Francophone de Beyrouth 2016 (BIEL), en ouverture et en clôture de la 9RMIUA.

2.  Thématique générale du colloque

La 9e Rencontre Musicologique Internationale de l’Université Antonine (9RMIUA), axée sur la thématique « Musicologie francophone de l’Orient », a pour propos d’étudier les fondements des approches musicologiques francophones de l’« Orient musical » (au sens large et symbolique que lui a conféré Jean During[1]), inhérentes aux traditions musicales monodiques modales. En perspective diachronique, ces approches concernent d’abord les travaux fondateurs des musicologues orientalistes et/ou arabisants francophones. Ce corpus repose ensuite sur les recherches qui relèvent de l’ethnomusicologie et/ou de la musicologie, qui sont rédigées en français, qui sont inhérentes à ces champs d’étude et qui sont l’œuvre de chercheurs de diverses nationalités. Or, il est notable que les musicologues francophones autochtones, notamment, ceux du Liban, de Tunisie, d’Algérie[2], d’Égypte[3], d’Iraq[4] et d’Iran[5], dans leur grande majorité, procèdent d’une démarche historique et analytique, conformément à la tradition musicologique francophone, proche de son homologue germanique, imprégnée de philologie et d’analyse historiquement contextualisée. L’une des premières cellules de synthèse de ces voies est représentée précisément par l’équipe de théoriciens et musicographes francophones et arabophones (levantins et tunisiens) qu’a rassemblés autour de lui, à Tunis, le baron Rodolphe d’Erlanger dans les années 1920-1930[6]. Quant à l’événement institutionnel fondateur de cette musicologie francophone de l’Orient musical, il est représenté symboliquement par la tenue du premier congrès de musique arabe au Caire en 1932, où se sont confrontés des chercheurs occidentaux orientalistes et les précurseurs de l’ethnomusicologie que sont les musicologues comparatistes de l’école de Berlin, avec des théoriciens de plusieurs pays arabes[7]. De ce bouillon de culture sont issues des réflexions qui ont abouti à la formulation de théories musicales arabophones nouvelles, aux côtés de publications francophones orientalistes, comme la somme musicographique réalisée par l’équipe du baron, qui a pris la forme des six volumes intitulés La musique arabe (Erlanger 1930-1959). Il faut cependant attendre les années 1970 pour voir l’avènement d’une vraie musicologie francophone de l’Orient, assumée par des ressortissants de ces pays ayant étudié en France. Il s’agit d’abord du Père Louis Hage[8] qui a hérité de la tradition musicologique ecclésiastique occidentale, représentée par les moines de Solesmes et Solange Corbin, et des recherches musicologiques orientalistes (notamment, celles d’autres moines francophones qui ont travaillé sur les traditions du Levant, comme Louis Ronzevalle[9], S. J., Maurice Collangettes[10], S. J., Jean Parisot[11], O.S.B.), pour fonder une véritable musicologie du chant liturgique maronite libanais. Il s’agit ensuite de Mahmoud Guettat[12] qui s’est trouvé à la croisée des enseignements de Jacques Chailley et de Tran Van Khé, dispensés en Sorbonne, pour élaborer une véritable musicologie francophone des traditions tunisiennes, maghrébines (et arabes en général), nourrie d’une approche à la fois historique, analytique et comparative. Ces deux figures ont ensuite fondé au Liban (Hage, à l’Université Saint-Esprit de Kaslik) et en Tunisie (Guettat, à l’Université de Tunis) des traditions d’enseignement musicologique universitaire bilingue francophone et arabophone, points de départ efficients pour une partie des musicologues libanais et tunisiens d’aujourd’hui. Il est également important de mentionner les contributions à cette genèse d’une musicologie autochtone de trois femmes musicologues du monde arabe : Scheherazade Q. Hassan (Iraq), Salwa Al-Shawan Castelo-Branco (Égypte) et Sœur Thérèse-Berthe Antar O.A.M. (Liban). En outre, il est difficile de ne pas considérer comme relevant d’une attitude pleinement émique les travaux de certains chercheurs français, comme Frédéric Lagrange (pour l’histoire musicale de l’Égypte[13]), Jean Lambert (pour le Yémen[14]) et Jérôme Cler (pour les traditions turques[15]), au regard de leur intériorisation des cultures musicales étudiées. Il reste à noter que l’un des principaux cheminements musicologiques qu’ont récemment développés les chercheurs francophones de l’Université Antonine au Liban se situe à l’interface entre la sémiotique musicale et l’analyse schenkérienne, avec la tournure originale qu’a donnée Nicolas Meeùs à ces voies épistémologiques, d’une part, et, d’autre part, l’appréhension herméneutique des (hautes) traditions musicales de l’Orient, telle que l’a proposée Jean During. Ces recherches, qui se déploient, à l’initiative de Nidaa Abou Mrad, dans le sens d’une sémiotique grammaticale générative des monodies modales[16], font désormais tache d’huile, en s’inscrivant résolument dans cette perspective de musicologie générale dont Jean-Jacques Nattiez et François Picard ont, chacun de son côté, posé les jalons, et sont appelées à être prises en compte dans le projet Épistémuse.

3.  Appel à communication

Cinq axes sont proposés pour les conférences, les communications et les tables rondes de la 9RMIUA :

1.  L’idée de l’Orient musical ;

2.  Spécificité de l’apport musicologique francophone à l’étude de l’Orient musical ;

3.  Approches étiques des traditions musicales de l’Orient ;

4.  Approches émiques des traditions musicales de l’Orient ;

5.  Sémiotique musicale des traditions monodiques modales de l’Orient.

L’exploration de ces axes est appelée à se faire dans les perspectives privilégiées de l’épistémologie, de l’histoire et de l’historiographie.

Les propositions de communications, comprenant un résumé en français et une biographie succincte (indiquant notamment l’affiliation universitaire), sont à envoyer par voie électronique, avant le 10 septembre 2016, de conserve à : Cécile Davy-Rigaux (directrice de l’IReMus) cecile.davy-rigaux@cnrs.fr et Nidaa Abou Mrad (vice-recteur à la Recherche, directeur du CRTM, université Antonine) nidaa.aboumrad@ua.edu.lb.

La décision sera communiquée au plus tard le 20 septembre.

4.  Structure organisationnelle et scientifique

Conseil scientifique (par ordre alphabétique) : Frédéric Billiet (IReMus), Jérôme Cler (IReMus), Jean During (CNRS), Mahmoud Guettat (Université de Tunis), Frédéric Lagrange (Paris-Sorbonne), Nicolas Meeùs (IReMus), François Picard (IReMus).

Codirection de la 9RMIUA assumée par Cécile Davy-Rigaux, directrice de l’IReMus, et Nidaa Abou Mrad, vice-recteur à la Recherche et directeur du CRTM, Université Antonine.

 

[1] During, Jean, 1994, Quelque chose se passe. Le sens de la tradition dans l’Orient musical, Paris, Verdier.

[2] Voir notamment les travaux de Nadjib Chichoune, et Salah Salah (2012, « Pour une sémiotique du timbre dans la   caractérisation des styles algériens de la musique héritée d’al-Andalus : Proposition d’hypothèses », Revue des Traditions Musicales des Mondes Arabe et Méditerranéen, no 6 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (1) », Paris et Baabda (Liban), Geuthner et Éditions de l’Université Antonine, p. 103-111), de Abdelwahab Benabdallah et d’autres chercheurs algériens.

[3] Notamment, les travaux de Salwa Al-Shawan Castelo-Branco (voir notamment : 1987, « Aspects de l’improvisation dans la musique arabe d’Égypte », L’improvisation dans les musiques de tradition orale, collectif, Bernard Lortat-Jacob (éditeur), Paris, SELAF, 1987, p. 152-157) et de Tarek Abdallah (2010, « L’évolution de l’art du ‘ūd égyptien en solo à l’aune du 78 tours », Revue des Traditions Musicales des Mondes Arabe et Méditerranéen,  n° 4 «Un siècle d’enregistrements, matériaux pour l’étude et la transmission (1) », Baabda, Éditions de l’Université Antonine, p. 53-66).

[4] Surtout les travaux de Schéhérazade Q. Hassan, voir notamment : 1987, « Le Maḳām irakien : structures et réalisations », L’improvisation dans les musiques de tradition orale, ouvrage collectif, Bernard Lortat-Jacob (éditeur), Paris, SELAF, p. 143-157 ; 1992, « Choix de la musique et de la représentation irakiennes au Congrès du Caire. Vers une étude de contexte », Musique arabe, Le Congrès du Caire de 1932, Schéhérazade Hassan (éd.), CEDEJ, Paris, p. 123-146.

[5] Il existe une véritable littérature musicologique francophone élaborée par des chercheurs iraniens, comme Darius Safvat (1966-1997) et Sasan Fatemi.

[6] Erlanger, Rodolphe d’, 1930-1959, La musique arabe, tomes I (1930), II (1932), III (1935), IV (1939), V (1949) et VI (1959), Paris, Paul Geuthner.

[7] Coll. d’auteurs, 1934, Recueil du Congrès de Musique Arabe tenu au Caire en 1932, Le Caire, Imprimerie Nationale, Boulac ; Racy, Jihad, 1991, “Historical Worldviews of Early Ethnomusicologists: An East-West Encounter in Cairo, 1932” in Ethnomusicology and Modern Music History, Urbana and Chicago, University of Illinois Press; tr. fr.« Musicologues comparatistes européens et musique égyptienne au Congrès du Caire », 1992, Musique arabe, Le Congrès du Caire de 1932, Schéhérazade Hassan (éd.), CEDEJ, Paris, p. 109-122 ; Poché Christian et Moussali Bernard, 1988, « Congrès du Caire 1932 », anthologie de 78 tours en 2 CD et livret musicologique, Paris, Édition Bibliothèque Nationale - France, avec le concours de l’Institut du Monde Arabe, APN 88 ; Édition intégrale des enregistrements du « Congrès de Musique Arabe du Caire 1932 » par Jean Lambert et Pascal Cordereix, Paris, Bibliothèque Nationale de France, avec le concours de l’Abu Dhabi Tourism & Culture Authority, 17 CD, accompagnés par un livret trilingue (français, arabe, anglais, 256 p.) de Bernard Moussalli.

[8] Hage, Louis, 1971, Le chant de l’Église Maronite, vol. 1, Kaslik (Liban), Bibliothèque de l’Université Saint-Esprit de Kaslik ; 1999, « La modalité du chant syro-maronite », Études grégoriennes XXVII (1999), p. 143-163.

[9] Maššāqa, Miḫā’īl, 1899 (1840), A-r-Risāla a-š-šihābiyya fī a-ṣ-Ṣinā’a al-mūsīqiyya [Épître à [l’émir Bašīr ii] Šihāb sur l’art musical, 1840-1899], édition et commentaires par Louis Ronzevalle, Beyrouth, Imprimerie des Pères jésuites.

[10] Collangettes, (Père) Maurice, S.J., 1904, « Étude sur la Musique Arabe », in Journal Asiatique, nov.-déc, p. 365-422.

[11] Parisot, Dom Jean, Rapport sur une mission scientifique en Turquie d'Asie, par Dom J. Parisot, Paris, E. Leroux, 1999.

[12] Cf. pour les livres : Guettat, Mahmoud, 1980, La musique classique du Maghreb, Sindbad, Paris ; 1986, La tradition musicale arabe, Ministère de l’Éducation nationale/CNDP, Paris ;1999, La música andalusí en el Magreb, Fundación El Monte, Sevilla ; 2000, La musique arabo-andalouse/L’empreinte du Maghreb, El-Ouns,Paris/Fleures Sociales, Montréal ; 2004, Musiques du monde arabo-musulman/Guide bibliographique et discographique-Approche analytique et critique, Dâr el-Uns, Paris.

[13] Lagrange, Frédéric, 1996, Musiques d’Égypte [livre accompagné d’un CD anthologique], Paris, Cité de la Musique/Actes Sud.

[14] Lambert, Jean, 1997, La médecine de l'âme : le chant de Sanaa dans la société yéménite [CD encarté], Société d'Ethnologie, Nanterre, France.

[15]Cler, Jérôme, 2011, Yayla : musique et musiciens de villages en Turquie méridionale, Paris, Geuthner.

[16] Abou Mrad, Nidaa, 2012, « Noyaux distinctifs par tierces de l’articulation monodique modale », Musurgia, XIX/4 (2012), Paris, ESKA, p. 5-32 ; 2014, « Vecteurs génératifs modaux », Musurgia, vol. XXI/4 (2014), Paris, ESKA, p. 5-20 ; 2016, « Réécriture grammaticale générative-transformationnelle des monodies modales », Sylvain Leblond Martin (éd.), Musiques orales, notations musicales et encodages numériques,  Paris, CréatIC – Médiation culturelle ; 2016, Éléments de sémiotique modale, Paris et Hadat/Baabda, Éditions Geuthner et Éditions de l’Université Antonine ; Maatouk, Toufic, 2016 (en cours de publication), Essai de modélisation sémiotique modale des hymnes syriaques de l’office maronite, Paris et Hadat/Baabda, Éditions Geuthner et Éditions de l’Université Antonine ; Abou Mrad, Nidaa et Didi, Amer, 2013, « Le révélateur musicologique d’al-Ḥiṣnī : un précis de grammaire modale transformationnelle du xvie siècle », Revue des Traditions Musicales des Mondes Arabe et Méditerranéen, no 7 « Sémiotique et psychocognition des monodies modales (2) », Baabda (Liban) et Paris, Éditions de l’Université Antonine et Éditions Geuthner, 2013, p. 29-50..

Start Date: 
Wednesday, July 27, 2016 - 14